CHRONIQUES

Un grand merci à mes lecteurs et chroniqueurs.

____________________________

Chronique de Danièle Gasiglia-Laster

« A qui donc sommes-nous, qui nous a, qui nous mène ? ». Ce vers de Victor Hugo aurait pu servir d’épigraphe aux nouvelles de Geneviève Steinling qui interrogent le temps et la mort, nous proposent une réflexion sur l’éternité, le devenir de l’être mais surtout sur l’identité. Autres questions posées par le livre : qui suis-je au-delà de ce que je veux bien montrer aux autres ? N’y-a-t-il pas une part de moi-même inconnue et que j’ignore ? La couverture choisie oriente d’ailleurs la lecture dans ce sens avec cette femme capuchonnée et gantée qui relève un masque posé sur son visage.
L’auteure nous convie à d’étranges voyages dans des univers insolites et nous entraîne dans des lieux oniriques, parfois cauchemardesques. Mais on prend plaisir à ces dérives dans des espaces d’une autre dimension car Geneviève Steinling a l’art de maintenir jusqu’au bout le suspense, sans jamais calmer, pourtant, la curiosité du lecteur.
La première de ces nouvelles aurait pu s’appeler « l’Eternel retour », comme le film de Delannoy écrit par Cocteau. Une intrigue policière fait place peu à peu à un récit proche des grandes légendes où les amants sont unis à jamais dans la mort… mais je ne vous en dirai pas plus. La deuxième, à mi-chemin entre Kafka et Buzatti, n’est pas non plus sans faire penser à 1984 d’Orwell. Geneviève Steinling ne nous plonge pas seulement, en effet, dans une méditation métaphysique. Par un effet réflexif, elle fait aussi référence à notre société qui enferme les êtres dans la solitude et dans les univers virtuels où on pense pour eux. Le personnage principal, un homme prisonnier dans une chambre, ne sait plus qui il est. Est-il la victime d’un régime totalitaire et spécialisé dans le lavage de cerveau où celle d’un monde parallèle qui ressemble plus à un enfer qu’à un paradis ? La troisième nouvelle instaure un face à face conflictuel entre une petite fille échappée d’un livre pour enfant et sa créatrice. Mais ne sont-elles pas les composantes d’une même personne avec ses côtés sombres, inavoués, voire pervers, et son apparence naïve et angélique ? La quatrième et dernière nouvelle nous plonge à nouveau dans l’univers de la création littéraire. Un écrivain va rencontrer un confrère très particulier qu’on prend d’abord pour un poète très célèbre du XIXe siècle. Mais il n’en est rien…
La mort est-elle éphémère et part-on pour renaître et pour mourir encore ? C’est aussi une des questions posées par ces nouvelles envoûtantes, qui se lisent comme le plus prenant des thrillers.
Un des intérêts de ces nouvelles est en effet qu’elles ouvrent des portes sur tous les possibles sans jamais trancher, sans jamais nous assommer avec des explications ou des dénouements qui déferaient les nœuds solidement noués et emmêlés. Forte de son imagination, Geneviève Steinling nous entraîne dans ses folles rêveries et nous laisse libres de poursuivre l’envol, comme la feuille de papier échappée au personnage de son écrivain en fin du volume.
Danièle Gasiglia-Laster   – Ecrivain, critique littéraire et  auteure de livres, essais et articles sur Hugo, Proust, Prévert ainsi que de contes et pièces de théâtre.

_________________________________________________________________

Chronique de Paul Maugendre

Enfant, j’aimais regarder les flammes dans l’âtre de la cheminée. Cela remplaçait avantageusement la télévision. Une distraction comme une autre. Mais mon plus grand plaisir, c’était de prendre un livre et de m’enfermer dans mon monde secret, lisant avec voracité romans de cape et d’épée, romans d’aventures et romans ou contes fantastiques. Les aventures concoctées, dans des versions destinées aux enfants et parfois édulcorées, rédigées par Paul Féval, Alexandre Dumas, Michel Zevaco, Jack London, Jules Verne, Charles Perrault, les frères Grimm, Andersen, J.M. Barrie, Hector Malot, Charles Dickens, Erckmann-Chatrian, et bien d’autres, m’entrainaient hors du temps. Il m’arrivait de m’identifier aux héros, partageant avec délices et frayeur leurs aventures.

Ainsi Geneviève Steinling, auteur de pièces de théâtre pour la jeunesse, a su me captiver avec quatre contes qui n’offrent pas de fées, d’enchanteurs, d’animaux au comportement humain, de manifestations magiques, de diables, de monstres, de spectres, mais offrent des possibilités d’entrer dans la frange du surnaturel tout en restant dans le domaine du quotidien. Ce recueil est donc composé de quatre contes différents dans leur traitement mais qui abordent plus ou moins les mêmes thématiques. Le thème de l’enfant, abandonné, volé, adopté dans des conditions particulière est traité dans les trois premiers textes, mais ce sont bien les interférences temporelles qui guident ces contes. Le retour dans un passé proche ou lointain, imaginé ou réel, comme une réalité virtuelle qui engloutit les personnages, les obligeant à vivre ou revivre des aventures qu’ils ont connues ou subies, à moins que ce ne soient que des cauchemars éveillés. Un autre thème, sous-jacent celui-ci, s’impose. La solitude des personnages, même s’ils vivent en compagnie, s’ils ont des voisins, avec qui parler, échanger.

Geneviève Steinling nous emmène dans des histoires inquiétantes, de celles que l’on pourrait rêver, mais sans pourtant jouer sur l’épouvante ou la terreur. Tout est diffus et pourtant angoissant. Une conteuse à suivre.

Paul Maugendre  – chroniqueur : Les lectures de l’Oncle Paul.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s